HISTOIRE DE LA LANGUE BERBERE

La langue berbère (Tamazigh) est apparentée à l’Egypto-copte, libyque, au couchitique (corne orientale de l’Afrique) et à l’haoussa (Afrique de l’ouest). Ces langues sont dites hamitiques. Elles constituent, avec les langues sémitiques, le groupe « hamito-sémitique » qui appartient lui-même à la famille afro-asiatique. Le berbère est la seule langue encore vivante du groupe libyco-berbère de la branche hamitique. Ses « cousins » le libyque du nord de l’Afrique et le Guanche des îles canaries sont éteints depuis des siècles. 

 Cette langue est actuellement présente à des degrés divers, sous forme de plusieurs dialectes, dans un espace de 5 millions de km2 en Afrique du Nord, de l’oasis de Siwa en Egypte à l’océan Atlantique, de la Méditerranée jusqu’au Niger, et historiquement aux îles Canarie. Les communautés dont elle représente la langue sont dispersées au sein de différents Etats-nations : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte ; Mauritanie, Nord du Sénégal, Mali, Niger et Burkina Fao. A ces Etats il faut rajouter la France, les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie où vit la diaspora Berbérophone.

L’alphabet Tifinagh constitue la base de l’écriture berbère. Les premiers signes remontent au Néolithique : On les retrouve dans les gravures rupestres dans le massif du Tassill en Algérie.

Le Tifinagh « évolué » apparaît sur des inscriptions du VIe av J. C. Il a été concurrencé par les alphabets latins et arabes. Toutefois les élites berbérophones continuent à l’utiliser.

Considérée comme la langue autochtone de l’Afrique du Nord, elle est devenue minoritaire à la suite d’un lent processus d’arabisation linguistique de l’Afrique du Nord consécutif à la conquête arabe et à l’islamisation (8e siècle), puis à l’arrivée de populations arabes nomades venues du Moyen-Orient (11e siècle). Sa situation s’est encore plus dégradée avec l’avènement des Etats-nation en Afrique du nord : Le berbère fut longtemps, marginalisé et confiné dans la ruralité et l’oralité, exclu des institutions publiques et des écoles.

Les revendications des berbérophones ont débouché sur une amélioration progressive du statut institutionnel et juridique du berbère, en Algérie depuis 2002 et au Maroc en 2010, où il fut décrété « seconde langue nationale », l’arabe demeurant « langue officielle et nationale ». Il faut dire que c’est deux pays ont chacun, la plus grande communauté berbérophone.

La défense de la langue, l’affirmation des droits culturels des Berbères se traduisent dans toutes les grandes régions berbérophones par une dynamique culturelle vigoureuse, notamment en matière de production littéraire et de passage à l’écrit.

Les élites Berbérophones écrivent de plus en plus leur langue ; des formes littéraires nouvelles s’acclimatent et se consolident (nouvelle, roman, théâtre). Et, après la radio, le disque, la cassette audio et vidéo et autres supports numériques, le berbère et la culture berbère ont fait leur apparition dans la presse écrite, la télévision et même sur internet où les sites sont extrêmement nombreux et actifs.

Enfin, les effets de ces évolutions statutaires ne sont pas encore très significatifs – dans l’enseignement comme dans la vie publique.