HISTOIRE DE LA LANGUE BAMBARA

Le Bambara parfois appelé Bamanakan ou Bamanankan est une langue qui appartient au groupe mandingue de la branche mandée des langues nigéro-congolaises. Elle possède plusieurs dialectes dont le somono, le ségou ou le san, on peut estimer le nombre de ses locuteurs à un chiffre situé environ 40 millions. Ayant le statut de langue nationale, au Mali, elle est très utilisée comme langue véhiculaire et commerciale en Afrique de l'Ouest.

  Le « Bambara » était un mot polysémique. Il ne représente pas seulement la langue d’un individu mais aussi son métier, sa classe sociale, sa religion et son ethnie. La formation du groupe ethnique bambara s’est constituée à travers son opposition farouche aux peuples voisins musulmans. Le mot bàmánà, d’après plusieurs linguistes, sous-tend une idée de l'opposition à l'islam.

 Le Mali a treize langues nationales, D’après le décret de 1987 des langues nationales, on peut citer : le bambara, le songhay, le peul, le tamasheq, le bobo, le bozo, le dogon, le sénoufo, le minyanka et le soninké. En 1996, on a ajouté à cette liste le malinké, le khassonké et l’hassanya.

Le Bambara existe sous de multiples formes. Le bambara standard, le plus utilisé au Mali, est basé sur la variante bambara de Bamako, la capitale du Mali. Il est largement majoritaire ayant acquis le statut de langue officielle après le Français.

Le bambara est donc, utilisé dans l’administration, les services publics et le système éducatif. Il est perçu comme la langue de tous les Maliens. Il doit son expansion et sa position à des facteurs historiques, linguistiques, géographiques, culturels, économiques, politiques et urbains : Il appartient à un peuple prestigieux, ayant résisté à l’invasion externe.

Les colons l’ont utilisé dans le commandement des troupes militaires d'Afrique de l'Ouest. Il est identifié à l’urbanité donc, à la modernité.  Le bambara est l’une des langues les mieux étudiées, parmi toutes les langues mandingues, plusieurs publications linguistiques lui sont consacrées. Il est la langue de plusieurs médias et de productions culturelles. Il est par ailleurs, enseigné dans plusieurs pays ayant une importante population originaire de l’Afrique de l’ouest.

Un des volets importants de l’histoire de la langue Bambara, est l’évolution de son écriture. Ainsi, Woyo Couloubayi a créé en 1930, dans la région de Kaarta, un alphabet bambara, appelé masaba, comportant 123 caractères. Une écriture assez compliquée, n’ayant pas eu un grand succès.  C’est celle basée sur les caractères latins qui va connaître une grande diffusion. Son alphabet produit en 1967 serait fixé et officialisé en 1982, au Mali, par le décret n°159 PG-RM du 19 juillet 1982. Il contient 27 lettres dont 7 voyelles, 20 consonnes et trois caractères phonétiques additionnels : ɛ, ɔ et ɲ

a, b, c, d, e, ɛ, f, g, h, i, j, k, l, m, n, ɲ, ŋ, o, ɔ, p, r, s, t, u, w, y, z

Dans certains textes, surtout anciens, les caractères phonétiques additionnels sont remplacés de la manière suivante1 : 

"è" au lieu de "ɛ"

"ò" au lieu de "ɔ"

"ny" au lieu de "ɲ"

Il est possible d’écrire le bambara en alphabet N’KO. Alphabet inventé par le Guinéen Souleymane Kanté en 1949. Alphabet voulant, notamment s’adapter aux sons des langues mandingues. 

  Par ailleurs, le bambara est une langue à tons, de type isolant (donc ayant peu de morphologie), se caractérisant par une syntaxe très spéciale. Elle est aussi une langue tonale où la variation du ton change le sens du mot. Les phrases sont construites sur le modèle Sujet/Objet/Verbe.

Il n’y a aucun genre grammatical en bambara. Le genre pour un nom peut être spécifié en ajoutant un suffixe –c- pour les noms masculins et -muso pour les noms féminins. Le pluriel se forme en ajoutant « -w » ou « -u » aux mots.

Le bambara a de réelles perspectives d’expansion car même le français qui a un meilleur statut officie, ne pourrait aller contre cette tendance. Cécile Canut2, résume cette thèse en ces termes :

« La diglossie français /langues nationales reste donc peu active, comparée à celle décrite plus haut (bambara/autres langues nationales) ».

Cécile van Den Avenne, a relevé à la suite d’une étude sur Marseille, auprès de migrant issus de l’Afrique de l’ouest, que le Bambara vit cette tendance de développement. Il a même fait disparaître totalement de la migration les langues minoritaires du sud (minyanka, sénoufo, malinké) à son profit.

1-  Etienne Balenghien "A propos de l'alphabet du bambara au Mali" Mandenkan en 1988.

2-  « Dynamique plurilingue et imaginaire linguistique au Mali : entre adhésion et résistance au bambara » Cécile Canut Paris III, INALCO

3-  Le bambara dans la migration : identité et véhiculante Cécile van Den Avenne IECF - Université de Provence.